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Prise en charge de la victime d’un pervers narcissique.

Tentative de synthèse par le Dr Michel Delbrouck

La prise en charge de la victime va comporter diverses étapes. Chemin long sinueux, rendu difficile par la personnalité de la victime, la honte et la culpabilité très prégnante, la violence des agressions, la participation inconsciente de la victime dans le processus mis en place, la complicité consciente de la victime, la jouissance perverse, la transmission transgénérationnelle. La route sera longue et nécessitera de la part du thérapeute un cadre clair et bien ajusté, une saine gestion de ses réactions contre-transférentielles, une pulsion de vie nourrie régulièrement à de bonnes sources, une abnégation devant tant de souffrances, un sens de la justice développé. Bref, à ne pas laisser dans des mains inexpérimentées au risque de se perdre …

1. Accueillir et écouter la personne en souffrance
2. Repérer la communication perverse et le harcèlement moral
3. Dépister la subtile violence
4. Soutenir la victime dans la durée
5. Explorer la part personnelle de la victime
6. Prévenir les rechutes

1 Accueillir et écouter la personne en souffrance

L’essentiel dans l’approche de ce type de problématique réside dans une attitude d’accueil et d’ouverture de cœur. La capacité du soignant à entendre et à écouter les souffrances et les misères humaines les plus profondes, les plus douloureuses et les plus dramatiques va lui permettre d’accéder au cœur même, aux noyaux de ce genre de perversion. L’exploration de ses propres parts démoniaques, comme en celles de chacun et chacune d’entre nous va aider ce soignant dans sa tâche d’acceptation inconditionnelle de ces souffrances.
Cet accueil et cette ouverture ne sont possibles que dans un climat d’empathie et de sollicitude envers l’Autre.

2 Repérer la communication perverse et le harcèlement moral

Selon M.- F. Hirygoyen

Dépister la communication perverse et découvrir le harcèlement moral seront les premières étapes de l’aide que le soignant pourra apporter aux victimes. Après un triste exemple d’actualité, nous repèrerons les caractéristiques de cette communication perverse.

  • 2.1 Le cas Fourniret : exemple de communication perverse
    Un bel exemple de communication perverse est retransmis actuellement dans les médias à l’occasion du jugement en cours d’Assises du tueur en séries, Fourniret et de sa femme Monique.
    Il n’ouvre pas la bouche aussi longtemps que le procès ne se tiendra pas à huit clos. Et soupire-t-il, « j’aurais bien des choses à dire, éventuellement avec fermeté. A l’avocat général qui s’énerve et affirme que l’on perd son temps avec les chantages intarissables d’un manipulateur, Fourniret le toise et siffle : c’est flatteur, d’être traité de manipulateur par des orfèvres en la matière ».
    A une lettre de son fils qui l’interroge sur le sort qu’il aurait réservé à une des victimes qui lui a échappé et grâce à qui il a été incarcéré, il répond : « Je lui aurais arraché les yeux et les membres, vivante »
    Michel Fourniret, tueur en séries, emprisonné fait publier une annonce dans le magazine La Vie et vit une existence précaire. Monique Olivier, qui sait qu’il est incarcéré pour un crime sexuel, lui répond et à travers un échange de 750 pages, élabore un pacte. Il rejouera la scène du viol avec lui, réalisant ainsi la reconstruction de l’initiation, et elle lui fera cadeau d’une vierge qu’il prendra quatre fois comme ce soldat l’avait fait
    .
  • 2.2 Caractéristiques de la communication perverse
    Source Marie-France Hirygoyen
    Précédemment, Mme Isabelle Asare-Aga nous propose comme outil d’aide à la victime un questionnaire d’identification du manipulateur. L’utilisation de cet outil se fera avec beaucoup de nuances et de précautions. Il présente un avantage majeur en tout début de d’exploration de ce type de relation problématique.
    De manière différente, Mme Marie-France Hirigoyen structure les caractéristiques de la communication perverse.
    Sortir de l’emprise va consister dans un premier temps à se rendre compte des caractéristiques de la communication perverse à laquelle la victime est soumise afin de pouvoir s’en dégager dans un second temps.
    • a. Refus de la communication directe : peu de mots, juste quelques remarques ou sous-entendus, aucune réponse aux questions posées.
    • b. Déformation du langage : variation de l’intonation de la voix et de la prononciation, voix monocorde, sans tonalité affective, glaciale, déstabilisante ; message flou et imprécis.
    • c. Langage pervers : il emploie des mots crus, des locutions évoquant la manipulation, la déresponsabilisation, les paradoxes.
    • d. Mensonges, sarcasmes, dérision, mépris, disqualification : Agression à bas bruit, par allusion, sous-entendus sans compromission de sa part, création d’une atmosphère désagréable pour faire tomber la méfiance, cynisme pour enfoncer l’autre.
    • e. Utilisation du paradoxe : Messages paradoxaux entre le verbal et le non verbal sidérant sa victime, semant le doute.
    • f. Imposition du pouvoir  : Prise de pouvoir par la parole, donne l’impression de savoir mieux, de détenir la vérité. Il s’entoure de partenaires peu sûrs d’eux.
    • g. Diviser pour mieux régner :Provoque les rivalités, les jalousies, monte les gens les uns contre les autres en jouissant de leur destruction réciproque.
    • h. La projection paralysante : Il y a transfert des affects sur l’autre suivi de manipulation de ceux-ci, injection d’une part de soi non-acceptée chez l’autre et offre de le soigner ou de le guérir de ce défaut. Cette projection lui sert d’outil pour assujettir l’autre et le détruire.
    • i. La tension intersubjective perverse Des attaques et des ripostes tiennent lieu d’échanges amoureux. La demande thérapeutique peut servir pour stimuler cette tension.

Après une première phase de séduction, va suivre la phase d’emprise de l’autre où il s’agit d’inhiber sa pensée et si la victime résiste, la phase de haine apparaît. Pris d’un sentiment de panique à l’idée que la victime puisse s’échapper, il entraîne sa victime à l’agresser pour ensuite la dénoncer comme mauvaise, violente et responsable de la situation. Sa violence peut apparaître au grand jour s’il est démasqué.

3 Dépister la subtile violence

Selon M.- F. Hirygoyen

  • 3.1 Flash clinique
    Il n’avait pas le sou mais il avait des idées géniales. Il inventait, créait. Il avait été engagé par une firme de publicité très connue et rapidement son patron lui avait donné des responsabilités car séduit par ses idées. Dans mon salon, il avait accroché au mur une immense toile toute en noir avec quelques rares taches blanches. Je ne pouvais pas l’enlever, à peine la toucher, elle datait de son adolescence perturbée. Sa mère le couvait tout le temps, l’adorait et lui téléphonait tout le temps. Elle choisissait tous ses vêtements. Moi je n’avais rien à dire. Il me critiquait dans mes choix de couleurs, de robes, de styles. Il n’aimait pas quand j’allais chez le coiffeur, voulait que je porte quasi tout le temps la même coiffure un peu rétro, avec une jupe droite et un chemisier blanc.
    Il avait ramené des rats blancs dans la cuisine. Je devais m’en occuper, les nourrir les laver, les soigner et ne supportait pas que je m’en plaigne, notamment du bruit que ces sept rats faisait dans leur cage. Il critiquait les repas que je préparais. Au début il était tendre et me m’entourait de ses bras, m’invitait au restaurant, choisissait les meilleurs plats, rien n’était assez beau et bon pour moi, disait-il. Puis je me suis aperçue que quasi chaque fois il n’avait pas d’argent liquide ou avait oublié sa carte de banque. Ce n’était rien car je l’aimais et il m’aimait. Il trouvait toujours des films inédits ou des spectacles chouettes dans des salles super. Il connaissait tous les scénaristes, la vie des acteurs, leurs problèmes de couple. Il me parlait des techniques de prises de vue, des fondus enchaînés, de flash back, toutes sortes de choses que j’ignorais. Je buvais ses paroles. Quand nous rentrions, son humeur changeait ; déjà sur le chemin du retour dans la voiture, il critiquait la couleur de mes bas. Il me disait négligée, voulait que je rectifie les plis de mes bas car cela annulait son désir. Rentrés à la maison, il se disait fatigué, criait, me comparait à mon père, « aussi idiote que lui » disait-il
    Puis il se servait un grand verre de whisky, allumait la TV et passait la moitié de la nuit à regarder des films sur toutes les chaînes. J’étais désespérée, notre couple allait à vaux l’eau. Je pensais à mon père et à ses mises en garde bien avant notre mariage. Je n’avais pas voulu l’écouter. C’est pour cela qu’il n’avait jamais aimé mon père. Il ne pouvait pas faire ce qu’il voulait avec mon père alors qu’il avait comme envoûté ma mère qui l’adorait et vantait ses qualités. J’étais en dispute avec elle et cela avait l’air de lui faire plaisir. Un jour il rentra de son travail en furie. Il me dit avoir démissionné de son emploi car il trouvait déplacés les agissements de son patron. J’ai appris par son collègue quelques années plus tard qu’il avait été mis à pied. Il alla au chômage et ne retrouva pas un emploi car les places n’étaient jamais assez bonnes pour lui, ne correspondaient pas à sa valeur, à sa compétence. en critiquant son patron qu’il avait congédié, il tentait vainement de se valoriser à mes yeux.
  • 3.2 Axes de comportements de la violence psychologique face à la femme
    Marie-France Hirigoyen nous décrit les différents axes de comportements de la violence
    psychologique face à la femme dans son livre « Femmes sous emprise ».
    Comportements de violence psychologique :
    • Le contrôle
    • L’isolement
    • Le harcèlement
    • Les humiliations
    • Les actes d’intimidations
    • L’indifférence aux demandes affectives
    • Les menaces
    • Les agressions physiques
    • La violence sexuelle
    • La pression économique et financière
    • Le harcèlement par intrusion (stalking)
    • Le meurtre du conjoint
  • 3.3 Mécanismes d’adaptation à la violence
    Pour Sluzki , les effets de la violence varient en fonction de deux éléments : le niveau de menace perçu par la personne et la fréquence du comportement violent. Il distingue divers niveaux de violence :
    • Violences de basse intensité et inattendues : réaction de surprise et d’incrédulité.
    • Violences habituelles et de basse intensité : anesthésie et habituation à être humiliée et écrasée.
    • Violences de forte intensité et inattendues : réaction d’alerte défensive ou offensive (fuite ou affrontement).
    • Violences extrêmes : altération de la conscience, état de désorientation, paralysie des réactions.
      Les conséquences de l’emprise et de la manipulation vont être chez la victime :
    • La dépendance
    • L’inversion de la culpabilité
    • Le stress post-traumatique

4 Soutenir la victime dans la durée

Le soignant ne pourra vraiment aider la victime que dans la mesure où il connaît les arcanes de ce type de personnalité. Après la découverte et les essais de solutions individuelles et de couple (Cf. l’article sur le couple pervers, page XX), il s’agira d’apporter une aide concrète, tangible à la victime.

Il y a 2 solutions :

  • rester et se soumettre, accepter la domination en ayant conscience d’aller, à plus ou moins brève échéance, vers la destruction.
  • partir et se libérer.

Une alternative : faire le deuil d’une communication idéale, établir une relation floue et superficielle consistant à ne pas s’engager.

N’oublions pas que l’arme absolue du pervers est le refus de la communication, le sous-entendu ou l’allusion qui déstabilise sans trace, le déplacement de la haine du conjoint vers les enfants, l’existence d’une transmission trans-générationnelle utile à stopper.

a. Faire le deuil d’une communication idéale

Le deuil est la période d’acceptation progressive d’une séparation ou d’un abandon.
Faire le deuil d’une communication normale et idéale consiste à accepter le fait qu’on ne communique pas « normalement » avec un manipulateur.
Ce constat et douloureux parce qu’il fixe les choses. Vous avez l’espoir secret de faire admettre à votre interlocuteur qu’il doit changer. L’espoir vous rend patient, vous tentez de faire évoluer la relation. Malheureusement, cette patience se transforme en véritable souffrance. Les choses d’évoluent pas depuis des années malgré tous vos efforts et la relation est devenue un stresseur incontrôlable pour vous.

Il y a cependant une chose que vous pouvez changer : votre attente de changement. Cessez d’attendre un déclic miraculeux chez le manipulateur. Les transformations de personnalités manipulatrices sont rarissimes. Depuis combien d’années essayez-vous divers moyens pour vous entendre harmonieusement avec le manipulateur tout en restant spontané, authentique et libre ? Combien de souffrances, de doutes et de stress représentent ces années ?

Aussi longtemps que vous croyez « qu’il faut s’entendre avec ses frères et sœurs ou ses parents », vous êtes en recherche d’une relation idéale. Vous voulez obéir à votre principe quel qu’en soit le prix. « Il n’est pas possible que nous ne recherchions pas la même chose dans la relation, il va comprendre, il va changer « Eh bien, non …
Dans le cas d’un parent manipulateur, le deuil d’une communication authentique est plus éprouvant. Il faut remettre en cause l’idéal selon lequel les parents et les enfants doivent s’entendre à vie et peuvent tout se dire. Regardez la vérité en face. Avez-vous ressenti une communication authentique de la part de votre parent ? Cette relation vous apporte-t-elle bien être et joie ?

Admettre que la personnalité manipulatrice relève de la pathologie vous aidera sans doute à n plus attendre de changement de sa part. Le processus de deuil sera plus rapide, même s’il prend plusieurs mois. Plus votre relation est forte avec le manipulateur, plus le deuil est long à faire.
Quand vous avez fait votre deuil, vous devenez insensible à ce que dit ou fait le manipulateur. Vous finissez par rire de ses manœuvres flagrantes. C’est un excellent signe. Il vous reste à contre-manipuler le manipulateur et à vous affirmer.

b. Apprendre à s’affirmer

L’auteur estime que les plus grandes victimes des manipulateurs sont les personnel pour affronter autrui avec plus de confiance en elles-mêmes, en leur valeur.
Tout un long chapitre est consacré à des conseils pour résister à l’emprise que peut avoir le manipulateur sur nos schémas de croyances . Ainsi : devenez moins émotif et plus rationnel. Exprimez clairement et sincèrement vos besoins, vos refus et vos sentiments de façon à atteindre votre but sans dévaloriser l’autre et en fonction des risques encourus. Ne voyez pas de risques où il n’y en a pas, cela revient à anticiper de façon irrationnelle et à bloquer de comportements pourtant adaptés. Si vous vous respectez, les autres vous respecteront. Ne craignez plus le jugement des autres. N’ayez plus peur des conflits. Sachez refuser etc.. .

c. Se libérer de l’emprise

Contrairement aux habitudes du message psychothérapeutique, coutumier à prôner la sincérité et l’authenticité, le thérapeute, après avoir bien exploré la situation et évité les pièges contre transférentiels, son manque de distance et de neutralité de même que l’éventuelle manipulation de son patient, devra dans un premier temps l’aider à se dégager de l’emprise psychologique de son « manipulateur ». Eviter d’entrer dans la dialectique notamment afin de se justifier représente un des outils majeurs. Un arsenal de ces attitudes aidantes est décrit par M.F. HIRIGOYEN, dont quelques unes sont reprises ci-dessous. Une fois la personne dégagée de cette situation, il lui importera d’explorer ses propres parts d’ombre et ses propres responsabilités dans le processus, notamment l’éventuel contexte incestuel dans lequel elle a évolué.
« Faire des phrases courtes, rester dans le flou, utiliser des phrases toutes faites, des proverbes, des principes, dire des généralités ("on..."), faire de l’humour dès que le contexte le permet, sourire, surtout en fin de phrase, si le contexte le permet, faire de l’autodérision, rester poli, ne pas entrer dans la discussion si elle ne mène à rien ou à la dévalorisation, ne pas être agressif, respecter la loi, ne pas être ironique sauf si vous renvoyez un message et si vous êtes sûr de vous, ne plus vous justifier ».

L’existence de manipulateurs ne doit pas nous rendre systématiquement méfiants envers toute personne rencontrée . Mais quand nous discernons l’aspect pathologique de notre relation avec ce type d’individu, il est fondamental de nous en protéger et de mettre en route une stratégie libératrice.


Contre-manipulation - Résumé réalisé par Emmanuelle SANDRON, adapté par Ch. CLAIX

La contre-manipulation : outils-réponses
1. C’est ton opinion ; Tu peux le penser ; C’est ton interprétation
2. On peut le voir sous cet angle
3. Tu le vois comme tu veux
4. Tu as le droit de penser ça.
5. Je peux dire « oui » si c’est ce que tu veux entendre
6. Si tu le dis
7. C’est une façon de voir…
8. Ah, on parle souvent de choses qu’on ne connaît pas
9. Tu ne vois qu’une partie des choses, c’est normal
10. Quand on ne sait pas, on peut toujours s’imaginer
11. J’ai une opinion différente
12. C’est possible
13. C’est vrai
14. N’est-ce pas ?
15. Cela arrive
16. Je ne suis pas voyant
17. Il faut savoir l’être parfois
18. Et encore, tu ne sais pas tout
19. J’ai dû prendre modèle sur quelqu’un…
20. Cela m’amuse de faire comme tout le monde, justement
21. Tout le monde le sait
22. Cela dépend
23. Ce n’est pas moi qui en parle apparemment
24. C’est trop facile
25. Me dire ça, à moi ?
26. Cela ne prend pas à tous les coups
27. Il en faut pour tous les goûts
28. Moi, j’aime, c’est le principal, non ?
29. L’habit ne fait pas le moine
30. Mais je suis bien dans ma peau
31. Eh oui, je ne fais rien comme tout le monde
32. C’est ce qui fait mon charme
33. Mes amis, mon conjoint m’aiment ainsi
34. Nul n’est parfait, n’est-ce pas ?
35. A chacun son style
36. 0h, comme c’est aimable
37. Ne t’inquiète pas pour moi
38. Qui vivra verra
39. A chacun ses expériences
40. Qui ne tente rien, n’a rien
41. Je n’y manquerai pas
42. J’ai ma conscience tranquille
43. Merci
44. Merci de me laisser le choix
45. Et j’ai vraiment le choix ?
46. J’ai une éthique différente
47. Je n’en doute pas
48. Certes
49. Je vois
50. Ah bon
51. Tout à fait
52. J’espère bien
53. Nous nous sommes compris (…..)

5 Explorer les parts d’ombre de la victime et du soignant

5.1 Explorer la part personnelle de la victime : découvrir sa propre structure perverse

Le clinicien est frappé par la compulsion de répétition dans laquelle les victimes retombent inlassablement. Soit elles ne parviennent pas à se libérer du joug du harceleur, soit elle s’en dégage mais s’empresse de dépister un nouveau bourreau potentiel ou s’engagent inconsciemment pour être à nouveau manipulée dans un autre domaine (financier, moral, juridique, etc.…) Une étape ultime pour la victime, une fois qu’elle a pu se soustraire totalement à l’emprise du pervers et que son moi devient suffisamment fort et élaboré, sera de lui proposer très progressivement d’aller visiter son propre noyau pervers. Ce discours pourrait être inaudible par certaines féministes bien que la manipulation ne soit pas que masculine.

Néanmoins quelques questions essentielles permettront à la victime de ne pas sombrer à l’avenir dans les mêmes affres. Quelle est donc la part de responsabilité de la victime dans le processus ? Comment s’est élaborée sa propre structure perverse même à minima ? Sur quelle zone, le pervers vient-il s’appuyer pour séduire et faire succomber sa proie, parfois même reconnaissante alors qu’il lui plonge la tête sous l’eau ? Dans certains cas, la victime est consentante et participe à la jouissance perverse et dans d’autres ca elle est totalement innocente étant prise par surprise.

Grâce à un travail progressif, tout en nuances et très protecteur, en évitant la honte et en limitant la culpabilité, le soignant aidera son patient à dépister ses « légers mouvements pervers ». Ce long travail de réappropriation mettra souvent en évidence des climats incestuels sinon incestueux, des phénomènes de transmission transgénérationnelles de ce type de messages et/ou de comportements incestuels et pervers. Une des raisons qui convaincra le patient de l’utilité de cette démarche est la protection des enfants et la rupture de la transmission de cet héritage douteux.

5.2 Explorer la part personnelle du soignant : découvrir sa propre structure perverse

Connaître sa part d’ombre permettra au soignant et à la victime de consolider le moi, de renforcer les défenses individuelles et de prévenir les rechutes qui fragilisent la victime.

 

Extraits de « La voix du cœur, chemin du thérapeute »


Paul Montangérand

La vérité de ta personne est prisonnière de ton Ombre ;
C’est de l’Ombre que tu devras te dégager.
Il faudra te plonger en toi-même sans complaisance ;
Avoir « des oreilles pour entendre, et des yeux pour voir. »
Ainsi la prise de conscience de ta multiplicité t’engagera sur la voie de ton unité.
Il te faudra passer sur l’Autre Rive. Terre étrangère
que tu crois hostile parce que tu ne la connais pas.
C’est l’autre versant de toi-même que tu feins d’ignorer.
L’Ombre, c’est la face obscure de toi-même qui attend d’être aimée,
afin qu’elle te révèle tes ressources.
Mais le passage sur l’Autre Rive, c’est l’épreuve.
Le prix que tu devras payer au passeur, c’est la mort de l’égo.
Ton ego devra mourir, afin que tu renaisses à ce que tu es véritablement.

Attention, un grave danger te guette, car l’ego puissant et malin peut tout récupérer
à son profit pour sortir renforcé de l’épreuve.
Le grand danger est l’intellectualisation, qui te barrera le passage.
Tu croiras passer, mais tu resteras sur la même rive,
prisonnier de tes illusions, tu te croiras arrivé.
La véritable épreuve ne peut te conduire que vers une très grande humilité,
et vers beaucoup d’humour.
Je te propose d’ajouter aux Béatitudes : « Heureux ceux qui savent rire d’eux-mêmes,
car ils n’ont pas fini de s’amuser. »

Humour et humilité sont les signes d’une véritable et profonde évolution,
humilité et humour sont indissociables du véritable Amour, sans oublier la joie !
La joie, c’est l’émerveillement devant l’inexprimable qui nous envahit
au moment où nous ne l’attendons pas.
C’est la grâce qui nous est offerte gratuitement dans un instant d’éternité :

Le plaisir s’achète. La joie est un don.

La joie est la création d’un espace intérieur de fécondité de l’être,
où le sujet qui nous habite peut exister pour se donner.
La joie est liée à notre capacité de briser les chaînes de l’ego pétrifié.
« La joie est cette capacité que l’homme a à s’inventer »
nous dit le Rabbi Nahman de Braslav.
La joie est l’orgasme du cœur.

6 Prévenir les rechutes

La prévention des rechutes nécessite un soutien prolongé et indéfectible de la part du thérapeute ainsi que la mise en place d’une série de décisions pratiques :

1. Créer un réseau de soutien
La création d’un réseau de soutien familial, amical et professionnel en qui la victime a totalement confiance l’aidera à sortir de l’isolement dans lequel le pervers a tenté et souvent réussi à enfermer sa victime. Ces amis connaissent les zones de fragilité de la victime et peuvent y palier.

2. Faire confiance au thérapeute

Cette confiance dans le thérapeute ne pourra s’étayer qu’avec l’engagement du thérapeute dans le processus thérapeutique qui se fera à long terme en évitant les écueils dus aux découragements comme l’irritation, la lassitude devant les inévitables rechutes.

3. Donner des consignes claires et proposer du coaching

Donner des consignes claires et proposer des demandes de coaching avant toute prise de décisions importantes, permettront le jeu de la confiance, de la vigilance, de l’introspection, de la réflexion et du développement de la métaposition.

4. Dépister les transpositions de processus destructeurs

Dépister les transpositions de processus destructeurs d’une sphère à l’autre nécessite un dialogue et des débriefings réguliers à partir de situations très concrètes. (Exemples passage de l’abus sexuel à l’abus financier ; à l’abus moral dans le contrat de travail, à l’abus affectif, génital, etc.)

Résumé d’une prise en charge d’une victime de pervers narcissique

Ci-dessous, vous trouverez quelques étapes
nécessaires à la prise en charge d’une victime de pervers narcissique :

• Croire en l’incroyable, à l’inaudible
• Etre dans une disposition intérieure d’ouverture et de découverte de l’Autre
• Reconnaissance progressive de la perversion par un travail de prise de conscience
• Acceptation inconditionnelle du vécu du patient
• Repérer la honte sous-jacente chez l’abusé
• Renforcer l’estime de soi du patient et construire ou re-construire le Moi
• Nommer et renommer le processus de manipulation ou de perversion
• Différencier attitudes perverses et perversion
• Renforcer les liens et un réseau relationnel de soutien autour de la victime
• Travailler sur l’autonomie du patient et de sa progéniture
• Analyse délicate et progressive de ses propres noyaux pervers et incestuels
• Analyse du matériel ontogénique et phylogénique (répétition familiale)
• Envisager un processus d’éloignement ou de séparation temporaire ou définitive
• Dépistage et précautions afin de ne pas renouveler le processus de victimisation


BIBLIOGRAPHIE GLOBALE et SPECIFIQUE
de la perversion narcissique et de la manipulation

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- POUSSIN G., Rompre ces liens qui nous étouffent (Il n’est jamais trop tard), Paris, Pocket, 2003.
- RACAMIER P.-C., Le génie des origines, psychanalyse et psychose, Paris, 1992, Dunod, Bibliographie scientifique Payot.
- RACAMIER P.-C., L’inceste et l’incestuel, Paris, Ed. du Collège, 1995.
- ROUDINESCO E., La part obscure de nous-mêmes, une histoire de pervers, Paris, Albin Michel, 2007, Bibliothèques Idées.
- SADE, La philosophie dans le boudoir (1795), Œuvres, vol. 3, Paris, Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade. 1998.
- SADE, Histoire de Juliette (1797), Œuvres, vol. 3, op. cit.
- SCHMITT E. E., La Part de l’Autre, Paris, Le Livre de Poche.
- SERGE André, L’imposture perverse, Paris, 1993, Ed. Du Seuil
- VAN GIJSEGHEM H. & GAUTIER L., De la psychothérapie de l’enfant incesté ; les dangers d’un viol psychique, in Pari CASTRO D., Incestes, Paris, PUF, L’esprit du temps, 1995.
- WILDE Oscar Wilde, Le portrait de Dorian Gray, Paris, Gallimard, 1992.

Filmographie
- Mon fils à moi de FOUGERON M., avec BAYE Nathalie, SEVAUX Victor, GOURMET Olivier, 2007.
- Le dernier roi d’Ecosse de MAC DONALD K, avec WHITAKER Forest, Mc BURNRY Simon, 2005.
- Tatie Danièle, de CHATILIEZ Etienne, 1990.


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